Sigonce d'antan...la mine

Texte de M. Emile PORTIGLIATTI

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Le charbon :

Durant 125 ans la mine de Sigonce a réglé la vie du village

De l’extraction artisanale à l’exploitation industrielle…

Depuis le moyen âge et durant de longues  décennies Sigonce fut un village essentiellement rural. De 1836 à 1960 – durant plus d’un siècle - notre village va changer de visage et d’orientation quand l’industrie va prendre le pas sur l’agriculture

En effet, suite à une ordonnance du roi Louis Philippe 1er  (1773- 1850) autorisant l’ouverture de concessions minières, la « concession de Sigonce » (317 ha) est instituée en 1836 et celle des Gaillardons (413 ha) en 1842 ; elles fusionneront en 1873 et se constitueront en « Société Civile des Mines de Sigonce et Gaillardons » en 1910.

Au départ, les premiers habitants et particuliers qui se sont attelés à cette tâche ont commencé à exploiter les affleurements des couches de lignite au Nord-Ouest du village et petit à petit ont creusé des puits plus ou moins profonds qui étaient très souvent abandonnés parce que l’eau arrivait en abondance empêchant la poursuite des travaux, ou bien parce qu’on manquait d’air ou encore parce que le transport du charbon dans les galeries devenait trop onéreux.

(Des tâches brunes ou des affaissements marquent encore l’emplacement d’anciens puits dans certains champs qui en fait étaient exploités de ci de là par les fermiers de la commune).

Les moyens utilisés  pour conduire le charbon en surface étaient vraiment rudimentaires, lents et peu rentables: brouettes, traineaux, treuils à main, manège à cheval, cheval …

Des puits de mine sont creusés : Saint Etienne, Saint Louis, de la Bascule, Saint Jean, Le Lan au bord de la rivière les Gaillardons, de celle de Barlière vers Chantebelle et vers le Plus Bas Moulin, mais l’exploitation est contrariée par l’épaisseur des couches devenant trop minces ou encore et toujours par les écoulements d’eau qui s’avèrent un obstacle majeur à la progression.

Des travaux sont entrepris : une descente de 55 mètres avec escalier est réalisée dans la colline derrière le bâtiment des anciennes douches de la mine. Cette descente inclinée servait et d’aération et de passage pour les mineurs. Une voie ferrée de 250 mètres est installée en 1879 au bas de l’escalier pour remonter le charbon. A mi-course de la descente, la galerie dite « 24 » servira  de collecteur d’eau, eau qui sera pompée dans toute la mine, dirigée vers ce collecteur  et  déversée dans la rivière Barlière qui va se jeter dans le Lauzon.

Finalement,  par acte signé le 10 septembre 1923, c’est la « société des Houillères de Montrambert et de la Béraudière » de St Etienne (Loire) qui rachète la concession et procède à une l’exploitation industrielle de la mine grâce à une modernisation résolue.

Le charbon qui était vendu à l’usine à chaux de Sigonce, aux particuliers et à des artisans du département va trouver de nouveaux débouchés qui vont sauver la mine : l’usine chimique de Saint Auban sur Durance et l’usine thermique de Sainte Tulle. Le charbon est transporté par camions à la gare de Lurs  et acheminé par trains SNCF vers ces nouveaux clients.

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Le plus grand transport par câble d’Europe…

En 1927 la municipalité donne un avis favorable pour le projet de création par la mine d’un « chemin de fer aérien » reliant la mine de Sigonce à la gare de Lurs au bord de la Durance afin de déverser directement le charbon dans les wagons de la SNCF. Ce transport par câble aérien de 5726m est soutenu par 26 pylônes installés à travers les collines. C’est une réussite. C’est à l’époque le plus beau «transcâble» d’Europe avec ses 94 wagonnets, espacés de 122 mètres, qui font la navette Lurs-Sigonce en 42 minutes et ce de 7h à 15h. A la vitesse de 2,25 m/s, chaque wagonnet contenant 180 kg de lignite, était déversé à Lurs toutes les 54 secondes, soit un débit de 12 tonnes par heure.

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Vers une exploitation plus étendue et plus profonde…

Il y eut plusieurs galeries pour aller chercher le charbon. Les 2 principales orientations étaient : 2km500 vers Pavoux - Forcalquier et : 2km environ vers Lurs. Pour une rentabilité maximum la nouvelle société avait regroupé toute la structure minière au bas du village afin d’avoir un seul puits d’exploitation desservant toutes les galeries. Au départ c’est la galerie 40 qui fut la plus exploitée durant la guerre puis un peu plus bas la 57 puis la 74 puis la 90 et enfin la 107 avec un plan incliné. En 1935 on modernise encore plus en employant le foudroyage dirigé : on ne laisse plus de piliers de charbon pour maintenir le plafond et sécuriser mais on boise ou déboise pour avancer plus rapidement dans l’exploitation et la sécurité est accrue.

Des conditions de travail difficiles…

Les ouvriers travaillaient en poste de 7h à 15h (pour la production) de 15h à 23h c’était le poste d’entretien (pour boisage et déboisage des galeries) et de 23h à 7h poste des pompiers qui surveillaient les pompes afin d’éviter que la mine ne se noie.

Pendant la guerre il y eut jusqu’à 162 ouvriers au quotidien. Le personnel était cosmopolite : italiens, algériens, polonais, russes, espagnols, portugais, luxembourgeois, arméniens et français bien sûr. Les wagons de charbon remontaient en surface grâce à un double ascenseur qu’on appelait la « cage ». Il servait aussi à la montée et descente du personnel. On n’était pas à cheval sur la sécurité à l’époque. Les wagons étaient réceptionnés par les ouvriers de « la recette » qui les basculaient au- dessus d’énormes trappes. Plus bas 5 à 6 femmes procédaient au triage de ce charbon avec des raclettes ou tout simplement à la main et envoyaient le bon charbon dans des trémies. Pour subvenir au bon fonctionnement du système il y avait un atelier d’entretien et une lampisterie où les lampes des mineurs étaient rechargées pour le lendemain. Le mauvais charbon était déversé tout autour de la mine et c’est ainsi que se sont crées les collines artificielles de La Charité jusqu’en 1941 puis derrière la mine tout le long en allant vers Lurs jusqu’en 1960, collines qui brûlaient nuit et jour à l’époque. L’air était pollué mais nous étions habitués. Les flammes avaient parfois 2m de hauteur. C’était spectaculaire la nuit lorsqu’on arrivait de la route de Lurs.

Les femmes des mineurs étaient elles aussi à la tâche car tous les jours,  été comme hiver, elles se rendaient aux lavoirs communaux pour laver les tenues de travail de leurs maris qui ressemblaient à des fantômes lorsqu’ils sortaient de la mine tout couverts de boue et de charbon. L’expression « gueule noire » était bien justifiée.

Au fil des ans, les gros clients comme l’usine de Saint Auban qui se tourne vers le fuel et l’usine de Sainte Tulle vers l’hydraulique la mine de Sigonce perd ses sérieux et rentables et ne trouve plus acquéreur. Les  actionnaires stéphanois décident de la fermer le 31 décembre 1960. La mine n’a jamais été vendue à Péchiney ni à une autre société qui l’a laissée dépérir. On l’a laissée volontairement se noyer car il n’y avait plus de débouchés pour la vente du charbon.

Aujourd’hui lorsqu’on passe à Sigonce on ne se doute pas que ce petit village de Haute-Provence fut durant plus d’un siècle un village industriel par excellence.

Sans plus aucun débouché pour le charbon, la mine est volontairement noyée et les puits d’accès définitivement obstrués.

Pour plus d'informations, vous pouvez consulter le site : https://sigonce-04.pagesperso-orange.fr/003/001/10/sigonce_10.htm

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